2016-2018 - Fetch, l’envers d’une plateforme
Coursier indépendant · Fetch, Metz · Autoentrepreneur
Pendant mes études, j’ai travaillé comme coursier indépendant pour Fetch, une startup de livraison de repas à domicile implantée à Metz. Nous étions alors en plein boom de l’économie des plateformes. Le modèle paraissait encore neuf, surtout dans une ville moyenne, et l’ambiance de travail était assez différente de ce que l’on associe aujourd’hui à ce type d’activité. L’expérience était globalement agréable et la rémunération correcte.
Ce qui m’a marqué à l’époque, ce n’est pas seulement le travail de livraison lui-même. C’est surtout l’organisation logistique que je voyais fonctionner derrière. Une seule personne pouvait superviser une ville entière, en grande partie grâce à l’application et aux outils internes. En participant à des rassemblements d’équipe et à des sessions de flying avec notre city-manager, j’ai vu concrètement comment un outil numérique pouvait coordonner une activité dispersée, avec beaucoup d’acteurs et peu de structure hiérarchique intermédiaire.
Le fait de fréquenter le même tiers-lieu que l’équipe, Bliiida, m’a aussi permis d’observer l’énergie startup d’un peu plus près. J’ai vu un modèle encore en train de se chercher, avec ses essais, ses ajustements et ses fragilités. Cela m’a donné un premier intérêt pour les outils web et pour la façon dont une petite équipe pouvait organiser tout un service autour d’une application.
Avec le recul, cette expérience m’a aussi sensibilisé à l’envers du décor. Fetch avait totalement externalisé la conception de son application et ne disposait pas, à ma connaissance, de développeurs en interne ni d’un véritable pilotage produit. J’ai ensuite vu passer dans la presse des retards et des difficultés, et j’ai aussi constaté sur le terrain certains dysfonctionnements par rapport à des concurrents comme Uber Eats ou Deliveroo, qui disposaient d’outils plus aboutis. L’entreprise a fini par disparaître. Son cofondateur Jean-Charles Kurdali est revenu sur cette aventure, et notamment sur sa dimension technique, dans cet article rétrospectif.
Ce que j’en retiens aujourd’hui, c’est moins une expérience de livraison qu’un premier contact concret avec les forces et les limites d’un modèle de plateforme. J’y ai compris qu’un bon outil pouvait transformer l’organisation du travail, mais aussi qu’un projet applicatif mal piloté pouvait fragiliser toute une activité. C’est une des premières expériences qui m’a donné le goût de m’intéresser sérieusement à ces sujets.
